Les moulins à huile de Béni Snouss – L’art ancien de la maâsra
Dans les montagnes de Béni Snouss, à l’ouest de Tlemcen, l’olivier est depuis toujours un arbre compagnon. Sur ses coteaux ensoleillés et ses vallées fertiles, les familles cultivent cet arbre robuste avec respect et patience. Et pour transformer ses fruits, un savoir-faire ancestral se perpétue encore dans certains foyers : celui des moulins à huile traditionnels, appelés localement maâsra.
Contrairement aux moulins à eau utilisés pour la mouture du blé, les maâsras sont des installations rustiques, souvent familiales, construites en pierre, en terre ou en adobe, parfois adossées à une grange ou un grenier. Elles fonctionnaient à la force humaine ou animale, généralement avec un âne ou une mule qui faisait tourner une meule circulaire en pierre, écrasant les olives lentement dans une cuve creusée dans le sol ou sculptée dans le roc.
Après le broyage, la pâte d’olive était déposée dans des paniers en fibres végétales ou en toile, appelés kefafa, puis empilée sous une presse manuelle ou à vis, souvent en bois massif. L’huile s’écoulait doucement, dorée et dense, se séparant naturellement de l’eau résiduelle.
Ce processus long et minutieux, entièrement manuel, donnait une huile vierge, pure et parfumée, utilisée à la fois pour la cuisine, la médecine traditionnelle, les soins corporels et parfois comme offrande lors de cérémonies.
Dans les villages de Béni Snouss, chaque maâsra avait sa propre histoire. Certaines étaient partagées par plusieurs familles, d’autres étaient transmises de génération en génération. Pendant la saison des olives, elles devenaient des lieux de rencontre et d’entraide, où l’on travaillait dans la bonne humeur, entre récits d’anciens, chants populaires et repas partagés.
Aujourd’hui, la plupart de ces moulins ont cessé de fonctionner, remplacés par des presses modernes ou des coopératives. Mais dans quelques hameaux isolés, on en trouve encore des vestiges, parfois restaurés, parfois à l’abandon, mais toujours porteurs d’une mémoire précieuse : celle d’une relation intime entre la terre, le fruit, la main et le geste.
Redonner vie à ces maâsras, c’est préserver un savoir-faire agricole, un patrimoine artisanal, mais aussi une manière de vivre ensemble, à l’écoute des saisons et du rythme lent de la nature.