Les Babor, histoire locale riche : de la Préhistoire à la Révolution algérienne
La chaîne des Babor, perchée entre mer et montagnes au nord-est de l’Algérie, n’est pas seulement un écrin de biodiversité : c’est aussi un territoire de mémoire, où chaque vallée, chaque grotte, chaque sentier porte les traces d’un long passé, parfois oublié, toujours vivant.
Les Babor ont été habités depuis la Préhistoire. Des vestiges d’outils taillés, de sépultures anciennes et d’abris sous roche témoignent d’une présence humaine ancienne, souvent liée aux grottes, aux sources et aux zones forestières riches en gibier. Ces populations vivaient en lien direct avec la nature environnante, pratiquant la cueillette, la chasse et les premières formes d’agriculture.
Située entre la Méditerranée et l’intérieur des Hauts-Plateaux, la région a toujours été un lieu de passage. Numides, Phéniciens, Romains, Byzantins, puis Arabes et Ottomans ont laissé leurs traces dans les toponymes, les traditions agricoles, les itinéraires caravaniers. Certaines zones montagneuses ont longtemps servi de refuge pour les populations berbères, attachées à leur autonomie, leur langue et leur organisation sociale propre, souvent basée sur des assemblées villageoises.
Sous la colonisation française, les Babors ont été le théâtre de résistances farouches, notamment dans les zones rurales et forestières difficiles d’accès. Dès le XIXe siècle, plusieurs soulèvements ont été menés par les populations locales, qui refusaient l’expropriation de leurs terres et la marginalisation de leur mode de vie.
Pendant la Révolution algérienne (1954-1962), la région a joué un rôle essentiel. Les maquis s’appuyaient sur la configuration naturelle des Babors pour mener des opérations contre l’armée coloniale. Les villages, les forêts et les montagnes ont servi de lieux de repli, de ravitaillement, et de résistance armée. De nombreuses familles ont payé un lourd tribut, et des récits oraux gardent vivante cette mémoire du sacrifice et du courage.
Aujourd’hui, les Babor portent encore les empreintes de cette histoire longue et complexe. Chaque grotte, sentier, oliveraie ou ancien poste de guet raconte une partie du récit collectif. Redécouvrir cette histoire, la préserver et la transmettre, c’est rendre hommage à un territoire discret mais profondément enraciné dans l’identité algérienne.