Le Cèdre de l’Atlas, gardien du temple des Babor
Sur les versants boisés de la chaîne des Babor, à l’Est de Sétif, entre 1500 et 2000 mètres d’altitude, s’étendent des forêts denses et préservées, où pousse l’un des arbres les plus emblématiques d’Afrique du Nord : le Cèdre de l’Atlas (Cedrus atlantica). Cette espèce, rare et endémique des massifs montagneux du Maghreb, trouve, ici, dans le climat frais et humide des Babor, un milieu idéal pour se développer.
Le Cèdre de l’Atlas se reconnaît à sa silhouette puissante, à son tronc droit et à ses longues branches horizontales couvertes d’aiguilles souples d’un vert bleuté. Certains spécimens de la région sont pluri-centenaires, atteignant jusqu’à 30 mètres de haut. Leur présence forme une forêt majestueuse, qui joue un rôle clé dans la régulation du climat local, la protection des sols contre l’érosion et la conservation de l’eau dans un environnement souvent escarpé.
Ces forêts sont également des réservoirs de biodiversité. Elles abritent une faune riche, notamment le singe magot (macaque berbère), espèce protégée, ainsi que des rapaces, des genettes et une flore variée. Le cèdre, par sa longévité et sa robustesse, est considéré comme une “espèce architecte” : il structure l’écosystème, abrite de nombreuses espèces et favorise la régénération naturelle de la forêt, tel un gardien du temple des Babor.
Au-delà de son rôle écologique, le Cèdre de l’Atlas est aussi profondément lié à la culture locale. Les populations des villages environnants, notamment dans les zones de Beni Aziz, Draa Kebila ou Tizi N’Bechar, ont toujours considéré ces arbres comme une richesse à préserver. Le bois de cèdre, connu pour sa résistance et son parfum, était autrefois utilisé avec parcimonie dans l’artisanat et la construction, mais les communautés ont rapidement compris la nécessité de protéger cette ressource unique. Aujourd’hui, les cèdres sont strictement surveillés, et leur exploitation est interdite dans la plupart des zones protégées.
Suivre la « Route des Montagnes des Babor » à travers ces forêts, c’est donc à la fois une immersion dans une nature exceptionnelle et un moment de connexion avec un patrimoine vivant.